Longue de 217,8 kilomètres, la route nationale relie la capitale économique du Cameroun, Douala, aux bassins agricoles régionaux de l'Ouest. Ce corridor supporte l'essentiel du transit des denrées alimentaires et des marchandises destinées au marché national et sous-régional. Pourtant, la chaussée dégradée accumule nids-de-poule et affaissements, provoquant de récurrents accidents mortels et d'importants ralentissements logistiques.
Si les usagers dénoncent l'état du tronçon, la cause profonde de cette détérioration prématurée réside dans un manque récurrent de maintenance préventive et le non-respect des normes de charge à l'essieu. Le surchargement des camions de marchandises accélère l'usure du bitume bien avant la durée de vie théorique des ouvrages, faute de pesage strict.
Un montage financier spécifique : la vente à tempérament
Pour financer ces travaux, le gouvernement camerounais a recours à la finance islamique via un « Accord de vente à tempérament ». Ce mécanisme permet à la BID d'acquérir les prestations ou équipements nécessaires avant de les céder à l'État, avec un remboursement étalé dans le temps.
* Montant engagé : 212,35 millions d'euros (139,2 milliards FCFA).
* Acteurs institutionnels : Le Ministère de l'Économie, de la Planification et de l'Aménagement du Territoire (MINEPAT) est chargé de la signature, tandis que le Ministère des Travaux Publics assure la maîtrise d’ouvrage technique.
Un détail intéressant : la convention fait l’objet d’une publication urgente au Journal Officiel en français et en anglais, ce qui souligne la volonté d'accélérer le démarrage du chantier.
Du côté de la société civile et des organisations de sécurité routière, l'accueil reste prudent. Si l'injection de capitaux est saluée, des experts en gouvernance rappellent que la multiplication des emprunts sans réformes structurelles sur le suivi des chantiers risque d'alourdir la dette publique sans garantir la pérennité de l'ouvrage.
Conséquences économiques, sociales et politiques
L'exécution du projet PRRDB entraîne des retombées directes à plusieurs niveaux :
* Sur le plan économique : L'amélioration du trafic réduira les coûts d'exploitation des véhicules et facilitera l'approvisionnement des marchés urbains en produits vivriers. Cependant, le service de la dette lié à cet emprunt s'ajoutera aux engagements financiers existants de l'État.
* Sur le plan social : La réhabilitation de la chaussée vise à faire baisser le nombre d'accidents sur l'un des axes les plus accidentogènes du pays, sécurisant ainsi le transport des passagers.
* Sur le plan politique : La conduite du chantier sous procédure accélérée met sous pression les autorités administratives et les entreprises adjudicataires pour éviter les avenants budgétaires et les retards de livraison.
En débloquant 139,2 milliards FCFA via la Banque islamique de développement, le Cameroun apporte une réponse financière à une urgence d'infrastructures majeure. Toutefois, la viabilité de cet investissement dépendra de l'instauration de contrôles stricts du tonnage des poids lourds et d'un entretien régulier. Sans une gouvernance renouvelée des infrastructures routières, ce nouvel emprunt ne fera que différer les fragilités structurelles de la gestion du réseau national.
Etienne TASSE