Présidentielle 2025 au Cameroun : Les trois voies de l'opposition face au verrouillage

Présidentielle 2025 au Cameroun : Les trois voies de l'opposition face au verrouillage

L'élimination de Maurice Kamto par le Conseil constitutionnel n'a pas provoqué le séisme redouté par le pouvoir mais espéré par l’opposition. Aujourd'hui, les partisans du changement sont divisés sur la stratégie à adopter. Boycott, attente des consignes du leader ou coalition électorale inédite. L'opposition camerounaise cherche la faille dans un système qu'elle juge verrouillé d'avance.

Le choc de l'éviction du Professeur Maurice Kamto de la course présidentielle du 12 octobre s'est dissipé sans embraser les rues comme certains l'escomptaient. Cette mise à l'écart, perçue comme une preuve supplémentaire du verrouillage du scrutin, a plongé les mouvances contestataires dans un profond dilemme stratégique. Au sein de la base, trois courants distincts émergent, chacun portant une vision différente du combat pour le changement.

Boycott actif : « Voter, c’est légitimer une mascarade »

Pour une première frange des contestataires, participer au scrutin revient à cautionner un processus dont l'issue est déjà écrite. « La loi dit que seuls les procès-verbaux d'ELECAM font foi. Ce sont ces PV, certainement préfabriqués à l'avance, qui donneront le vainqueur », argue cette tendance, convaincue que le président du Conseil constitutionnel, Clément Atangana, « ne peut prononcer un nom autre que celui de Paul Biya ».

Ils citent en exemple les récentes manipulations observées au sein de partis politiques pour étayer leur défiance. « Les changements factices opérés à la tête du MANIDEM et validés par le MINAT, ELECAM et le Conseil constitutionnel sont la preuve que le système valide sans sourciller les irrégularités », lance un partisan de cette option. “Vous n’avez pas oublié les faux observateurs de Transparency International que le gouvernement avait importés en 2018 pour valider la victoire truquée de Paul Biya”, ajoute un autre. 

Leur mot d'ordre est donc clair : un boycott massif et actif pour délégitimer une élection qu'ils estiment jouée d'avance.

« Kamto décidera, nous suivrons »

À l'opposé, un second groupe mise tout sur la sagesse et la clairvoyance de leur leader évincé. Pour eux, le Professeur Kamto, de par son expérience et sa lecture de la situation politique, est le mieux placé pour définir la marche à suivre.

« L'illustre candidat recalé est mieux outillé pour apprécier la bonne voie. En le suivant à la lettre, nous aurons fait le meilleur choix », estime un de ses partisans. Ce courant adopte une posture d'attente, se préparant à exécuter la consigne que l’ex-président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) jugera utile, que ce soit le boycott, le vote ou toute autre forme de mobilisation.

La stratégie du choc : coaliser les frustrations 

Enfin, une troisième voix, plus stratégique, considère que les frustrations actuelles ne suffisent pas à provoquer un véritable soulèvement populaire. Selon ce courant, la mise à l’écart de Kamto n’a touché que ses propres partisans, laissant indifférents ceux qui soutiennent d’autres candidats, notamment dans le Septentrion, où les ministres démissionnaires se sentent en position de force pour remporter cette élection. Donc pas question de faire le jeu de Kamto en rejoignant la contestation de son éviction. 

La stratégie de cette tendance? Élargir massivement la base de la contestation en poussant Maurice Kamto à appeler à voter pour un candidat du nord, en l'occurrence le duo Bello Bouba Maigari – Issa Tchiroma, s'ils s'unissent, ou à défaut, pour Issa Tchiroma. L'objectif n'est pas de gagner, précisent-ils,  – ils savent la victoire impossible avec les institutions électorales actuelles – mais de créer les conditions d'une contestation nationale généralisée.

Calcul offensif

Le calcul est le suivant : si Kamto, très populaire, appelle à voter pour un candidat nordiste, ses partisans du sud ainsi que les populations du nord pourraient y croire et massivement suivre la consigne. Ainsi, lorsque les résultats officiels annonceront une victoire de Paul Biya, malgré un vote massif pour le candidat du nord, la fraude sera, selon eux, si évidente qu'elle soulèverait non seulement le sud pro-Kamto, mais aussi et surtout le nord, traditionnel bastion du pouvoir. Sur ce plan, les militants de l’UNDP ont montré, le 23 août dernier, de quoi ils sont capables en dégageant de force la voiture du Sous-Préfet de Meiganga qui essayait de leur barrer la voie, lors de leur meeting dans la localité. Dans les conditions post-électorales, d’après les défenseurs de cette stratégie, la contestation ne serait plus ethnique ou régionale, mais nationale, unissant le nord et le sud dans un même rejet des résultats.

Des droits humains sous pression

Au-delà des débats stratégiques, plusieurs organisations de la société civile et ONG internationales pointent des violations récurrentes des droits humains dans le contexte électoral camerounais. Elles citent notamment la restriction des libertés publiques, l’interdiction ou la dispersion de manifestations pacifiques, ainsi que les arrestations arbitraires de militants et d’opposants.

Ces pratiques, déjà dénoncées lors des précédents scrutins, alimentent le scepticisme de la population quant à la sincérité du processus électoral. La réponse du Professeur Kamto à ces différentes sollicitations est attendue avec une intense expectative. Elle déterminera très probablement la physionomie de la campagne et de la période post-électorale.

DEJIO M.