La route qui relie Bonendale à Bonabéri, à Douala, est devenue le symbole d’un abandon criant. Des montagnes d’ordures envahissent les trottoirs, des mares putrides bloquent la chaussée, et les caniveaux obstrués transforment chaque trajet en parcours du combattant . Dans ce quartier livré à lui-même, les habitants luttent chaque jour contre l’insalubrité, les inondations et l’indifférence des autorités. Leur droit à un environnement sain, à la santé et à des services publics dignes est bafoué. Comment en est-on arrivé là ? Reportage au cœur d’une crise qui mine la capitale économique du Cameroun.
La route de Bonendale, déjà défoncée et inondée, est devenue le théâtre d’une insalubrité alarmante. Par endroits, des amas de déchets s’entassent, formant des barrières nauséabondes. Bouteilles plastiques, sachets, cartons souillés et ordures ménagères s’agglutinent, attirant nuées de mouches et rats en quête de nourriture. Les caniveaux construits récemment mais non couverts, sont obstrués par ces mêmes déchets, aggravant les inondations dès la première averse.
Les projets de goudronnage, maintes fois annoncés par les autorités, n’ont jamais vu le jour. Résultat : la chaussée, déjà dégradée, est coupée par des mares d’eau profondes, infranchissables en saison pluvieuse. Les motos-taxis glissent, les piétons pataugent dans une boue mêlée d’eaux usées, et les véhicules s’enlisent dans des marres d’eau pestilentielles.
Un hôpital encerclé par les déchets
À l’entrée de l’hôpital de Bonendale, un centre de santé censé incarner l’hygiène, le spectacle est désolant. Les ordures s’amoncellent, à quelques mètres seulement des salles de consultation. Les passants se bouchent le nez, contournent le dépotoir improvisé, mais personne ne semble pouvoir l’éviter vraiment. Ici, les déchets font partie du décor, comme une fatalité. « Comment voulez-vous que les malades guérissent dans un environnement aussi pollué ? », s’indigne une infirmière, sous couvert d’anonymat. « Comment expliquer à un patient qu’il doit respecter les règles d’hygiène quand, dehors, c’est le chaos ? », lance son collègue. Les cas de paludisme, de diarrhées, et de typhoïde explosent, tandis que la menace du choléra plane.
Les habitants, excédés, dénoncent l’inaction des autorités. « Nous payons des taxes, mais rien ne change. Les camions de ramassage ne passent plus depuis des mois », témoigne un commerçant. Pendant ce temps, les dépotoirs sauvages grignotent l’espace public, et les odeurs putrides envahissent les maisons.
Pourtant, cette image n’a rien d’anodin : elle symbolise l’effondrement d’un service public essentiel, celui du ramassage des ordures, laissé à l’abandon. Officiellement, la gestion des déchets relève de la communauté urbaine et des entreprises privées sous contrat. Mais sur le terrain, c’est le désert. Les camions de ramassage se font rares, les bennes débordent depuis des semaines, et les dépotoirs sauvages se multiplient. Les riverains dénoncent des mois, voire des années de négligence.
Une violation flagrante des droits humains
Cette situation ne relève pas seulement de la négligence administrative : elle constitue une atteinte grave aux droits fondamentaux des populations. À Bonendale,l’insalubrité chronique met en péril le droit à la santé, exposant les habitants aux maladies. L’État manque à son devoir de garantir un environnement sain , laissant les déchets s’entasser et les eaux stagnantes proliférer. Pourtant, les contribuables paient pour des services publics. Par contre, le ramassage des ordures et l’entretien des routes restent lettre morte. Pire encore, les inondations et les routes défoncées entravent la mobilité, isolant les populations, surtout en saison des pluies. Une violation criante des droits fondamentaux dans l’indifférence générale. Ces manquements illustrent un mépris inquiétant pour le bien-être des citoyens.
L’urgence d’une action concrète
La crise des déchets et des infrastructures à Douala n’est pas une fatalité. D’autres villes africaines ont su mettre en place des systèmes efficaces. Mais ici, l’inaction persiste. Les autorités promettent régulièrement des solutions, mais les actes se font attendre. Les habitants n’en peuvent plus des promesses non tenues. « Nous voulons des actes, pas des discours », lance un jeune du quartier. La balle est dans le camp des autorités.
Douala, vitrine économique du Cameroun, ne peut continuer à s’enliser dans l’insalubrité et le mépris des droits les plus basiques. La route de Bonendale est le miroir d’un abandon généralisé. Si rien n’est fait, la colère légitime des populations risque de se transformer en crise sociale majeure. Il est temps d’agir, avant que la ville ne sombre définitivement sous ses propres déchets.
DEJIO M.