Droit à la vérité : Martinez Zogo, Samuel Wazizi, Mgr Jean-Marie Benoît Balla et les autres, martyrs d’une justice silencieuse

Droit à la vérité : Martinez Zogo, Samuel Wazizi, Mgr Jean-Marie Benoît Balla et les autres, martyrs d’une justice silencieuse

À l’occasion de la Journée internationale pour le droit à la vérité, célébrée chaque 24 mars, le Cameroun se souvient de ses martyrs. Martinez Zogo, Samuel Wazizi, Jean-Jacques Ola Bébé, Monseigneur Jean-Marie Benoît Balla, le père Christophe Komla… Ces noms résonnent comme un cri étouffé dans l’âme des familles en quête de justice. Leur demande de vérité a été réduite au silence. Derrière ces quelques cas  se cache une vague d’assassinats non résolus qui inonde le Cameroun, laissant derrière eux des familles dévastées.

Le 24 mars 2025 marque la Journée internationale pour le droit à la vérité, une occasion de rappeler que chaque victime de violations des droits de l’homme a le droit de voir la lumière jaillir sur les circonstances de son calvaire. Au Cameroun, cette journée résonne avec une douloureuse actualité. Des noms hantent les mémoires : Martinez Zogo, Samuel Wazizi, Jean-Jacques Ola Bébé, Monseigneur Jean-Marie Benoît Balla, le père Christophe Komla. Ces hommes, porteurs de lumière dans l’obscurité, ont été fauchés dans des circonstances troubles, laissant derrière eux des questions sans réponses et des familles brisées. Ces cas ne sont malheureusement que la pointe émergée d’un iceberg, quelques exemples parmi une longue liste d’assassinats non élucidés qui ont ensanglanté le Cameroun ces dernières années.  

Martinez Zogo : Une voix réduite au silence 

Martinez Zogo, journaliste et directeur de radio, était une voix qui dérangeait. En janvier 2023, son corps mutilé a été retrouvé, marqué par les stigmates de la torture. Son crime ? Avoir osé dénoncer les injustices, avoir bravé les puissants. Zogo, c’était la voix de ceux qui n’en ont pas, le porte-étendard d’une presse libre. Mais aujourd’hui, sa voix est réduite au silence, et les circonstances de sa mort restent enveloppées d’un voile opaque. Qui a ordonné ce crime ? Pourquoi tant de haine contre un homme dont le seul combat était la vérité ?  

Samuel Wazizi : Disparu dans les ténèbres de l’impunité  

Samuel Wazizi, journaliste anglophone, a disparu en 2019 après son arrestation par les forces de sécurité. Pendant des mois, sa famille a cherché en vain des réponses. Ce n’est qu’en 2020 que les autorités ont admis sa mort en détention, sans fournir d’explications claires. Wazizi, comme Zogo, est devenu un symbole de la lutte pour la vérité dans un pays où les voix dissidentes sont trop souvent réduites au silence.  

Jean-Jacques Ola Bébé : L’animateur radio et prêtre orthodoxe froidement assassiné

Jean-Jacques Ola Bébé, animateur radio et prêtre orthodoxe, a été retrouvé mort le 2 février 2023 dans le quartier Mimboman à Yaoundé, non loin de son domicile. Il enquêtait sur l’assassinat de son ami et ex-collègue, le journaliste Martinez Zogo. Sa mort, comme celle de Zogo, reste entourée de zones d’ombre, alimentant les spéculations sur une possible exécution ciblée. Ola Bébé, c’était l’homme de la radio, la voix qui dénonçait l’injustice, le prêtre qui priait pour la paix. Aujourd’hui, sa famille attend toujours des réponses.  

Monseigneur Jean-Marie Benoît Balla : Le pasteur au destin tragique  

Monseigneur Balla, évêque du diocèse de Bafia, a été retrouvé mort en 2017 dans un fleuve. Sa disparition soudaine et les circonstances troubles de sa mort ont suscité l’émoi dans tout le pays. Homme de paix et de dialogue, il avait dénoncé les injustices sociales et les violences dans sa région. Sa mort reste un mystère, un drame qui rappelle que même les hommes de Dieu ne sont pas à l’abri de la violence.  

Le père Christophe Komla : Une lumière éteinte trop tôt  

Le père Christophe Komla, prêtre catholique d’origine togolaise, a été assassiné le 8 octobre 2024 à Mvolye, un quartier de Yaoundé. Son engagement en faveur des plus démunis et son refus de se taire face aux injustices en ont fait une cible. Comme les autres, sa mort reste impunie, une plaie ouverte dans le cœur de ceux qui croyaient en son combat.  

Un océan d’impunité 

Ces cas ne sont que quelques exemples parmi une multitude d’assassinats non élucidés qui ont marqué le Cameroun ces dernières années. Des journalistes, des religieux, des défenseurs des droits humains, des citoyens ordinaires… Tous ont été emportés par une violence impitoyable, et leurs morts restent entourées de mystère. Dans un pays où l’impunité semble être la règle, ces drames rappellent l’urgence d’agir pour que la vérité éclate enfin.  

Le droit à la vérité : Une exigence universelle 

Le droit à la vérité, proclamé par les Nations unies, est un droit inaliénable. Il suppose que les victimes et leurs proches puissent connaître la vérité sur les violations des droits de l’homme, les circonstances de ces crimes et les responsables. Au Cameroun, ce droit est bafoué, piétiné, réduit à une promesse vide de sens. Les familles de Zogo, Wazizi, Balla, Ola Bébé, Komla et tant d’autres attendent toujours des réponses, une reconnaissance, une justice qui tarde à venir.  

Un silence qui tue  

Le silence des autorités camerounaises face à ces drames est assourdissant. Pendant que les familles pleurent leurs morts, les responsables de ces crimes continuent de jouir d’une impunité scandaleuse. Ce silence n’est pas seulement une insulte à la mémoire des victimes, c’est aussi une atteinte à la dignité de tout un peuple.  

Il est temps que le Cameroun se réveille. Il est temps que la lumière soit faite sur ces crimes. Les Nations unies, la communauté internationale, la société civile camerounaise doivent se mobiliser pour exiger la vérité. Les familles des victimes méritent des réponses, les coupables doivent être traduits en justice, et les martyrs comme Zogo, Wazizi, Balla, Ola Bébé, Komla et tant d’autres doivent être honorés.  

Une lueur d’espoir   

Dans l’obscurité, une lueur d’espoir persiste. Les voix qui s’élèvent pour réclamer justice, les articles de presse, les prières dans les églises… Autant de signes que le combat pour la vérité n’est pas perdu. Mais pour que cette lueur devienne une flamme, il faudra plus que des mots. Il faudra des actes, une volonté politique, un engagement sans faille pour que le droit à la vérité ne reste pas une utopie, mais devienne une réalité.  

Le Cameroun peut-il relever ce défi ? L’avenir nous le dira. Mais une chose est sûre : tant que la vérité sera étouffée, tant que les coupables resteront impunis, le cri des martyrs continuera de résonner.  

DEJIO M.