Cameroun : Les vieux démons de la torture ont frappé

Cameroun : Les vieux démons de la torture ont frappé

Dans l’ombre des commissariats camerounais, un drame se joue. HIEK Joseph Martial, un citoyen ordinaire, a été piétiné par un système qui bafoue les droits humains. Torture, détention arbitraire, impunité… Son histoire est le reflet d’une justice qui vacille, d’un État qui ferme les yeux.

Le 6 mars 2025, la vie de HIEK Joseph Martial bascule. Alors qu’il rentre chez lui, épuisé après une journée de travail, il est interpellé au carrefour Ekounou à Yaoundé par un élève inspecteur de police. Sans preuve, sans motif valable, il est accusé d’un vol de téléphone. Le voilà emmené de force au Commissariat Central N°4 de Yaoundé, où l’enfer commence, d'après une enquête de l’ONG Mandela Center International (MCI).

Une interpellation qui vire au cauchemar

Dans les locaux de ce commissariat, la loi du plus fort règne. HIEK Joseph Martial est frappé, humilié, torturé. Des coups de matraque, des coups de pied, des machettes… Son corps devient le théâtre d’une violence inouïe. Malgré ses cris de douleur, malgré ses supplications, les policiers continuent. Le tympan percé, les côtes brisées, le corps couvert d’hématomes, il est abandonné à son sort, isolé, sans soins.

Un système qui broie les innocents

Cette affaire n’est pas un simple fait divers. Elle est le symptôme d’un mal profond, d’un système qui broie les innocents. La détention arbitraire de HIEK Joseph Martial a duré sept jours, bien au-delà des 48 heures légales. Pendant ce temps, les policiers ont tout fait pour étouffer l’affaire. Ils ont refusé l’accès à son avocat, empêché les confrontations avec les témoins, et même tenté de falsifier un certificat médico-légal, révèle MCI.

Le Commissaire Divisionnaire Christine Irène MINDJOM, à la tête de ce commissariat, est au cœur de ce scandale, accuse l’ONG. Au lieu de protéger les droits des citoyens, elle a fermé les yeux sur les exactions de ses subordonnés. Pire, elle a participé à la dissimulation des preuves. Une trahison de ses obligations, une insulte à la justice.

L’impunité, une ombre qui plane

Au Cameroun, l’impunité est un voile protecteur pour les forces de sécurité. Les cas de torture et de détention arbitraire se multiplient, mais les auteurs restent impunis. Martinez ZOGO, Paul CHOUTA, Samuel WAZIZI, Longuè Longuè, Ramond COTTA, NJOKA Kingsley… Les noms s’accumulent, les dossiers s’empilent, mais la justice tarde à venir. Le Comité des Nations Unies contre la Torture a tiré la sonnette d’alarme, mais les autorités camerounaises semblent sourdes à ces appels.

Pourtant, le Cameroun a ratifié la Convention contre la Torture. Le droit international est clair : la torture est un crime imprescriptible. Les textes existent, mais ils restent lettre morte. L’État camerounais a-t-il abandonné ses citoyens ? La justice est-elle devenue une illusion ?

 Mandela Center International monte au créneau

Face à cette situation intolérable, Mandela Center International  monte au créneau. L’ONG, lauréate du Prix international des droits de l’Homme 2024, exige des comptes. Elle demande la destitution immédiate du Commissaire Divisionnaire Christine Irène MINDJOM, la radiation des policiers impliqués, et l’ouverture d’une enquête impartiale et transparente.

MCI met également en garde les autorités camerounaises : si rien n’est fait, l’affaire sera portée devant les instances internationales. La Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples pourrait être saisie, et l’État camerounais devra répondre de ses actes.

Un appel à la justice et à la dignité

L’affaire HIEK Joseph Martial est un cri d’alarme. Elle nous rappelle que les droits humains ne sont pas négociables, et que la dignité humaine ne doit pas être sacrifiée sur l’autel de l’impunité. Elle nous rappelle que derrière chaque cas de torture, il y a une vie brisée, une famille détruite, une société qui perd foi en la justice.

Il est temps que les autorités camerounaises prennent leurs responsabilités, que les bourreaux soient jugés, que les victimes soient réhabilitées, et que la justice retrouve son éclat. Le Cameroun ne peut pas continuer à fermer les yeux. 

Étienne TASSÉ