Alors que l’élection présidentielle d’octobre 2025 se profile à l’horizon, le Cameroun est secoué par des déclarations controversées des responsables politiques du pouvoir. Maurice Kamto, leader du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), se voit menacé d’exclusion du scrutin. Une manœuvre politique qui pourrait enflammer le pays et plonger la nation dans une crise sans précédent.
Le climat politique au Cameroun est plus qu’explosif, il est en surchauffe. Comme une cocotte-minute prête à siffler, la tension monte à mesure que l’élection présidentielle d’octobre 2025 se rapproche. Au cœur de cette tempête, Maurice Kamto, leader du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC). Il se retrouve dans la ligne de mire du régime en place. Le ministre de l’Administration Territoriale (MINAT), Paul Atanga Nji, a jeté un pavé dans la mare en annonçant que Kamto ne serait pas autorisé à se présenter. Une décision qui, loin d’apaiser les esprits, pourrait mettre le feu aux poudres.
Dans un communiqué poignant rendu public le 19 mars 2025, Maurice Kamto dénonce une « insurrection d’État contre le peuple camerounais ». Il accuse le MINAT d’avoir usurpé les pouvoirs des institutions républicaines, notamment ELECAM et le Conseil constitutionnel, pour écarter tout adversaire sérieux. « Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude », a déclaré Atanga Nji, reprenant une maxime juridique détournée de son sens originel. Pour Kamto, cette phrase n’est qu’un écran de fumée pour masquer une manœuvre politique grossière.
Le journal Le Quotidien, proche du pouvoir, a ajouté de l’huile sur le feu en titrant en Une : « Présidentielle 2025 : Les jérémiades d’un DISQUALIFIÉ », accompagné d’un portrait de Maurice Kamto. Une provocation de plus dans un contexte déjà inflammable. Le leader de l’opposition a saisi les tribunaux, mais sa plainte est restée lettre morte, illustrant selon lui la complicité de la justice avec le régime.
Une exclusion qui pourrait tout faire basculer
L’exclusion de Maurice Kamto de la présidentielle 2025 n’est pas qu’une simple décision administrative. C’est une bombe à retardement qui pourrait faire voler en éclats la fragile stabilité du Cameroun. Le MRC, fort de son ancrage populaire, ne restera pas les bras croisés. Kamto a déjà appelé ses militants et sympathisants à « se tenir prêts à riposter le moment venu ». Une mobilisation massive de l’opposition pourrait déstabiliser un pays déjà fragilisé par des décennies de gestion contestée.
Les jeunes, déjà en colère face au chômage et à la précarité, pourraient descendre dans la rue, comme lors des manifestations de 2019. Le pays risquerait alors de sombrer dans une crise sociale et politique sans précédent. Sur le plan international, le Cameroun perdrait toute crédibilité démocratique, ce qui pourrait affecter ses relations avec ses partenaires étrangers. Une exclusion de Kamto serait donc un coup de poker risqué, voire suicidaire, pour la nation.
Une décision contraire à la loi, à la Constitution et aux droits humains
L’exclusion de Maurice Kamto est en totale contradiction avec la Constitution camerounaise, le Code électoral et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP). Le Code électoral prévoit trois voies pour se présenter à l’élection présidentielle :
1. Être présenté par un parti politique représenté au Parlement ou dans un conseil municipal. Le MRC, qui n’a pas participé aux élections législatives et municipales de février 2020, semble exclu de cette option. Cependant, cette interprétation est réductrice, car elle ignore un principe constitutionnel fondamental : l’interdiction du mandat impératif. Selon l’article 15 alinéa 2 et 3 de la Constitution, « Tout mandat impératif est nul ». Maurice Kamto soutient que son parti est bel et bien représenté à l’Assemblée nationale par le biais de députés qui ont démissionné des partis qui les avaient investis pour rejoindre le MRC. « Chaque député représente l’ensemble de la Nation », rappelle la Constitution. En outre, Maurice Kamto peut se faire investir par un autre parti politique ayant au moins un élu.
2. Être présenté par un parti politique sans élu mais ayant réuni 300 signatures d’élus, à raison de 30 par région : Cette disposition ouvre une porte légale au MRC. Bien que le parti ne dispose pas d’élus propres, il peut solliciter des signatures auprès d’élus locaux ou régionaux issus d’autres formations politiques. Rien dans la loi n’interdit à un parti sans élus de recueillir des soutiens auprès d’élus existants.
3. Se présenter en tant qu’indépendant en réunissant 300 signatures d’élus, à raison de 30 par région : Si le MRC n’opte pas de réunir les signatures nécessaires en tant que parti, Maurice Kamto peut toujours se porter candidat indépendant, en respectant les mêmes conditions de signatures.
Ainsi, même en l’absence d’élus, le MRC et Maurice Kamto disposent de nombreux moyens légaux pour participer à l’élection présidentielle. Le PIDCP, ratifié par le Cameroun, garantit également le droit de participation politique. L’article 25 stipule que « tout citoyen a le droit et la possibilité, sans aucune des discriminations visées à l’article 2 et sans restrictions déraisonnables, de prendre part à la direction des affaires publiques, directement ou par l’intermédiaire de représentants librement choisis ». En excluant Kamto, le pouvoir violerait donc ces textes fondamentaux.
Une présidentielle sous haute tension
Alors que le Cameroun s’apprête à vivre une élection présidentielle cruciale en octobre 2025, l’exclusion de Maurice Kamto pourrait transformer ce scrutin en un monstre hideux. Le régime en place depuis plus de quatre décennies, semble prêt à tout pour se maintenir au pouvoir. Mais cette stratégie pourrait se retourner contre lui car, prévient le MRC, le peuple camerounais, assoiffé de changement, ne se laissera pas faire sans réagir.
Dans son communiqué, Maurice Kamto a lancé un avertissement solennel : « Le MRC ne laissera pas le RDPC exclure son candidat de la prochaine élection présidentielle. » Une déclaration qui sonne comme un appel à la résistance. Le Cameroun est à la croisée des chemins : soit il sombre dans le chaos, soit il embrasse la démocratie. Le choix est crucial, et l’heure est grave.
Le Cameroun au bord du précipice.
L’exclusion de Maurice Kamto de la présidentielle 2025 pourrait être l’étincelle qui met le feu aux poudres. Face aux extrémistes de tous bords, le peuple camerounais devra faire preuve de courage et de détermination pour défendre ses droits et sa démocratie. Maurice Kamto, lui, est très clair : « cela ne se fera pas sans conséquences graves ». Le pays est à un tournant décisif, et chaque décision compte. La démocratie camerounaise est en jeu.
Étienne TASSÉ