L’Adamaoua sous le choc : un berger assassiné  et son épouse kidnappée

L’Adamaoua sous le choc : un berger assassiné et son épouse kidnappée

Dans la région de l’Adamaoua, l’ombre de la terreur plane à nouveau. Le 18 février dernier, Hamadou Bodado, un berger de la localité de Meré, a été sauvagement assassiné sous les yeux de sa famille. Son épouse, enlevée par les assaillants, reste introuvable, tandis que leurs deux enfants ont été abandonnés près du corps sans vie de leur père. Ce drame s’inscrit dans un contexte régional marqué par une recrudescence des enlèvements et des violences, malgré les efforts des forces de sécurité.

 

Le 18 février, la localité de Meré, zone tampon entre les départements du Faro (Adamaoua) et du Nord, a été le théâtre d’une scène macabre. Des hommes armés ont fait irruption dans une bergerie où vivaient Hamadou Bodado, son épouse et leurs deux enfants. Sans pitié, ils ont abattu le berger devant sa famille, avant de kidnapper son épouse et de disparaître dans la nature, laissant les deux enfants en pleurs près du corps de leur père. Depuis, aucune rançon n’a été demandée, et le sort de la femme de Hamadou reste inconnu.

Ce crime odieux n’est malheureusement pas un cas isolé. La région de l’Adamaoua, tout comme celle du Nord, est régulièrement secouée par des enlèvements et des attaques de coupeurs de route. Ces actes de barbarie, souvent perpétrés pendant la saison sèche, plongent les populations dans une peur constante. Malgré la présence du Bataillon d’Intervention Rapide (BIR), les ravisseurs continuent de semer la terreur, défiant l’autorité de l’État et laissant derrière eux des familles brisées.

Des lois bafouées, des droits humains piétinés

L’assassinat de Hamadou Bodado et l’enlèvement de son épouse constituent une violation flagrante du Code pénal camerounais. Selon l’article 276, est puni de la peine de mort celui qui commet un assassinat. De plus, l’article 291 stipule que les coupables  de « Arrestation et séquestration» sont passibles des peines d’emprisonnement d’au moins 5 ans, pouvant aller jusqu’à 20 ans. Ces textes, pourtant clairs, semblent inefficaces face à la montée en puissance des groupes criminels dans la région.

En outre, cet acte barbare viole les dispositions du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), ratifié par le Cameroun. L’article 6 du PIDCP garantit le droit à la vie, tandis que l’article 9 protège les individus contre les arrestations et détentions arbitraires. En laissant ces crimes impunis jusqu’à ce jour, l’État camerounais manque à son devoir de garantir la sécurité et les droits fondamentaux de ses citoyens.

L’État en échec face à l’insécurité

Malgré les promesses répétées de renforcer la sécurité, l’État semble impuissant face à la recrudescence des enlèvements et des violences dans le septentrion. Les forces de sécurité, bien que présentes, peinent à endiguer ce fléau. Les ravisseurs, souvent bien organisés, opèrent en toute impunité, exploitant les failles d’un système de sécurité dépassé.

Cette situation soulève des questions sur l’efficacité des mesures mises en place. Les populations vivent dans une peur permanente, tandis que les criminels continuent de dicter leur loi. D’après la société civile locale, « L’État, en tant que garant de la sécurité et des droits humains, se doit de redoubler d’efforts pour protéger ses citoyens et rétablir la confiance».

L’urgence d’agir

Alors que les familles des victimes réclament justice, “il est urgent que les autorités prennent des mesures concrètes pour mettre fin à cette spirale de violence”, analyse un défenseur des droits humains. Pour lui, “renforcer la présence sécuritaire, améliorer les moyens de lutte contre les groupes criminels et sensibiliser les populations sont des pistes à explorer.”

Le drame de Hamadou Bodado et de sa famille est un rappel cruel de l’urgence d’agir. Dans une région où l’insécurité est devenue une routine, “il est temps de briser ce cycle infernal et de redonner espoir à des populations abandonnées à leur sort. La vie de chaque citoyen compte, et il en va de la responsabilité de l’État de le prouver”.

L’assassinat de Hamadou Bodado et l’enlèvement de son épouse ne sont pas seulement des tragédies familiales, mais aussi des symboles de l’échec de l’État à protéger ses citoyens. Dans une région où la peur est devenue une compagne quotidienne, il est temps de passer des paroles aux actes. Car, comme le dit un proverbe africain, « un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse ». Espérons que ce drame réveillera les consciences et poussera à l’action.

Francis EBOA

Etienne TASSE