La plume, autrefois considérée comme un instrument de vérité, se transforme chez certains en une épée acérée, tranchant sans discernement l'honneur et la dignité. Comment contrer cette déferlante de diffamations ? C'est le combat que mène aujourd'hui Maurice Kamto, figure emblématique de l'opposition camerounaise, contre certains médias qui, selon lui, se sont livrés à une campagne de diffamation savamment orchestrée.
Le week-end du 28 février au 3 mars 2025, Bruxelles a été le théâtre d’une scène qui a choqué les Camerounais. Des personnalités officielles, dont le Ministre de la Jeunesse et de l’Éducation Civique, Mounouna Foutsou, et l’Ambassadeur du Cameroun en Belgique, Daniel Evina Abe’e, ont été victimes d’un enfarinage dans un hôtel de la capitale belge. Des images bouleversantes ont rapidement inondé les réseaux sociaux, suscitant indignation et interrogations.
Mais ce qui devait rester un fait divers s’est transformé en une véritable tempête médiatique. Dès le 7 mars, la machine médiatique s’emballe. Plusieurs journaux camerounais pointent du doigt Maurice Kamto et le MRC, les accusant, à base de rien, d’être les commanditaires de ces actes via la Brigade Anti-Sardinard (BAS), une organisation de la diaspora camerounaise. Titres chocs, insinuations et accusations sans preuve se succèdent, tissant une toile d’amalgames et de désinformation. « La BAS, milice pro-MRC de la diaspora », peut-on lire dans l’un des articles incriminés. « Maurice Kamto donne l’ordre de brutaliser le Ministre et l’Ambassadeur de Belgique ! » assène un autre, dans une hyperbole saisissante.
Une réputation en péril, une riposte judiciaire
Face à cette avalanche d’accusations, Maurice Kamto n’entend pas rester les bras croisés. Dans une plainte déposée auprès du Conseil National de la Communication (CNC), les avocats de Maurice Kamto et du MRC dénoncent une campagne de diffamation orchestrée par neuf journaux camerounais. Parmi eux, des titres bien connus comme Info Matin, L’Expression, Le Quotidien, et Réalités Plus. Ces médias sont accusés d’avoir publié des articles « inexacts, non vérifiés et diffamatoires », attribuant sans preuve la responsabilité des violences de Bruxelles à Maurice Kamto et à son parti. Il demande des sanctions exemplaires contre ces organes de presse qu'il accuse de propager des informations fausses et non vérifiées. Son conseil juridique, composé de plusieurs avocats de renom, dénonce une atteinte grave à son honneur et à sa dignité.
Dans sa plainte, Kamto pointe du doigt une série de violations déontologiques : manque d’investigation, absence d’équilibre dans le traitement de l’information, et surtout, une volonté manifeste de manipuler l’opinion publique. Il rappelle que la BAS est une entité indépendante, sans lien juridique ou factuel avec son parti politique. « Ces journaux, dans un exercice de malveillance calculée, ont pris un raccourci dangereux : substituer le sensationnel à la vérité », martèle son avocat.
L’information, otage de la désinformation
L’affaire soulève une question cruciale : jusqu’où peut aller la liberté de la presse sans sombrer dans l’abîme de la désinformation ? Si le rôle des médias est d’informer, encore faut-il qu’ils le fassent avec rigueur et impartialité. La presse, ce quatrième pouvoir censé éclairer les consciences, ne doit pas devenir une arène où se déchaînent les passions partisanes au détriment de la vérité.
Les répercussions de ces publications diffamatoires pourraient être lourdes. Outre l’atteinte à la réputation de Maurice Kamto, elles risquent d’envenimer davantage un climat politique déjà tendu à l’approche de l’élection présidentielle d’octobre 2025. La diffamation, lorsqu’elle est utilisée comme une arme, ne discrédite pas seulement la cible, mais aussi ceux qui s’en font les relais.
Verdict du CNC attendu : justice ou impunité ?
Le Conseil National de la Communication, instance régulatrice de la presse au Cameroun, se retrouve désormais face à un dilemme : rétablir l’ordre et rappeler les médias à leurs responsabilités ou laisser prospérer une dérive qui pourrait fragiliser l’ensemble du paysage médiatique.
Si certaines publications mises en cause sont des récidivistes, déjà sanctionnées par le CNC en 2022 pour manquements professionnels, leur cas devra être traité avec une rigueur particulière. La presse camerounaise est-elle prête à s’auto-discipliner, ou faut-il une main plus ferme pour rappeler que l’information est un bien précieux, qui ne saurait être galvaudé à des fins partisanes ?
Dans cette bataille où les mots sont des balles et les pages des champs de guerre, Maurice Kamto engage une lutte qui dépasse son propre cas. C’est un combat pour une presse responsable, une presse qui éclaire plutôt qu’elle n’embrase. L’avenir dira si cette quête de vérité triomphera sur les dérives de la manipulation.
Etienne TASSE